L'homme le plus brillant du monde


« Il y avait jadis un homme, qui était l’homme le plus brillant du monde. Et en vérité, c’était bien l’homme le plus brillant du monde : il était tellement brillant qu’il éclairait tout. Partout où il passait, sa lumière venait comme un grand flot miraculeux, qui lavait tout soupçon, qui dissipait toute hésitation et dissolvait le doute. Il faisait reculer les ombres, débusquait les erreurs cachées, et liquéfiait l’obscurantisme ; il n’était rien qui échappât à la puissance de sa lumière.

Il éclairait les plaines, il éclairait la profondeur des forêts, il éclairait le sommet des montagnes, il éclairait l’abîme des océans insondables ; il éclairait les villes, il éclairait les champs, il éclairait l’Homme, les bêtes et toutes les plantes ; il éclairait les jungles humides aussi bien que les déserts brulants, il éclairait les glaciers rutilants, ainsi que les cavernes, sombres comme le charbon ; et il éclairait aussi la terre, l’eau, le feu, l’air et tous les éléments, les métaux et les émaux, les solides et les liquides, les essences, les esprits ! Et lorsqu’il eut finit d’éclairer la Terre, il éclaira la lune, les astres, les comètes et les nébuleuses, il éclaira le Soleil même ! Quand il en eut fini avec le ciel, il s’attaqua aux Cieux, aux anges, aux saints, aux mystères ; et jusqu’à Dieu, jusqu’au Temps lui-même, rien ne pouvait résister à la puissance de Sa Lumière !

Et lorsqu’il eut finalement tout éclairé, tout révélé, tout exploré, qu’il n’y eut plus le moindre recoin d’obscurité où se dissimuler, plus la moindre parcelle d’ombre où se retirer en cachette et que plus rien n’était laissé au hasard… la mort vint, le prit, et l’emporta. Car en vérité, c’était l’homme le plus brillant du monde, et nul ne brillait plus que lui. »